L'ACL au Forum « PLANETE TERROIRS-AUBRAC 2006 

LE COUTEAU DE LAGUIOLE : PRESENT ET AVENIR….

C’est en tant que membre de l’Académie du Couteau de Laguiole que Madame Renée Claude Coussergues, Maire et Conseillère Générale de Sainte Geneviève sur Argence, et  Bernard Solinhac, Président de cette Académie, ont participé au Forum « PLANETE TERROIRS-AUBRAC 2006 »que l’associationTerroirs et cultures organisait ces 22 et 23 septembre à Laguiole.
Le but de cette association est de mettre en avant l’apport et le rôle des terroirs, non seulement dans l’économie, mais aussi, dans le social et les relations humaines, tant du point de vue local que national, et même international.
Ce Forum en Aubrac, voulu et réalisé par André Valadier ( éleveur en Aubrac, Vice Président de Terroirs & Cultures, Président de la Coopérative Jeune Montagne, Président du Syndicat des Communes de l’Aubrac Aveyronnais) sous l’égide de l’UNESCO, a traité de sujets très divers : l’eau, le bois, l’AOC Laguiole tome et aligot, vaches d’Aubrac….. et bien sûr du Couteau de Laguiole.

Messieurs Benoit Mijoule et André Bras, couteliers, ont expliqué et montré aux participants non seulement la fabrication du Couteau de Laguiole, mais aussi son originalité, sa personnalité et l’exigenge de la qualité qui ont fait sa réputation.
Car le problème est bien là, son succès en a fait la cible des faussaires . Et n’ayons pas peur des mots,  d’un hold-up du savoir- faire, la technique étant facilement copiable, et de la créativité artistique.

Alors la question qui se pose est de savoir comment palier à cette concurrence déloyale qui dévalorise par une production de masse et de mauvaise qualité l’image de marque de notre « Laguiole » ?

 Pour tenter d’y répondre, Pauline Cestrières (ingénieur en agriculture en Aveyron)  a animé le débat autour de deux conférences.
La première par Hubert Calmettes ( directeur de Aveyron Expansion) sur le thème : 
« Le marché mondial du Couteau de Laguiole : les perspectives d’avenir de la filière en Aubrac »
La seconde, plus juridique mais d’une actualité criante, était présentée par Valérie Astic,
 ( juriste à l’Institut National de la Propriété Industrielle Midi-Pyrénées), qui a abordé « les moyens disponibles pour protéger légalement une production typique ».

Dans un marché français de la coutellerie d’environ 930 millions d’euros pour 37 entreprises et 2424 employés ( en 2004), le couteau de Laguiole représente quelques 200 emplois sur un canton de 2500 habitants pour un chiffre d’affaires d’environ 25 à 30 millions d’euros.

A priori , à la lecture de ces chiffres tout pourrait paraître serein. Cela étant, une analyse plus fine des données montre qu’au fil des années l’évolution n’est pas sans problèmes.
Voyons cela de plus près.
Nous constatons qu’en France la coutellerie a perdu en 5 ans plus de 20% d’emplois. Et Thiers capitale de la coutellerie a été la première a en faire les frais. Bien qu’inventive en créant son propre couteau, Thiers ne se remettra jamais de la volonté rouergate de fabriquer à nouveau son couteau à la fin des années 80.
 C’est ainsi qu’en 10 ans les données se sont inversées, de 80% des couteaux de Laguiole -dignes de ce nom -  réalisés à Thiers et 20% en Aveyron, c’est aujourd’hui  la zone  Laguiole qui fabrique les 80% .
Ce combat, cette volonté féroce de récupérer son bien, Laguiole le doit a tous ses entrepreneurs artisanaux – fabriquants et assembleurs- qui ont su faire évoluer le couteau.
 Evolution artistique principalement en présentant des modèles signés par les plus grands designers ( Stark, Pennors, Willmotte, Raffy…) et des stars  comme Eddy Mitchell, Sonia Rykiel , le guide du routard , ou bien encore en imaginant des modèles originaux : couteau pour cavaliers, pour golfeurs, pêcheurs ou chasseurs… rien ne manque au catalogue de nos artisans laguiolais et félicitons les pour leur esprit imaginatif et créatif.

Laguiole est consciente que si la France est touchée, le couteau emblématique de Laguiole le sera tôt ou tard si rien n’est fait .
Le Conseil Général de l’Aveyron, après une étude approfondie de ce dossier, a pris des directives en ce sens ;
aussi saluons avec respect l’entente cordiale entre nos couteliers pour se battre ensemble. Cette prise de conscience, que l’union fait la force, est la seule parade au déclin de la coutellerie. Et comme l’a fait remarquer à juste titre H.Calmettes  «  La guerre locale se transpose en guerre mondiale ».

Ce déclin d’où vient-il ? et pourquoi ?

La réponse est dans les chiffres qui parlent d’eux-mêmes.
L’exportation française de la coutellerie perd 6,3 % par an, alors que les importations gagnent du terrain avec un chiffre en constante augmentation de 3,9 % ( avec + 20% en provenance de Chine.
La Chine, le Pakistan et en général l’Asie produisent tous ces faux laguiole de pacotille offerts à tout achat du plein d’essence au foie gras, en passant par la parure de lit …..
Alors soyons honnêtes, nous sommes tous  complices tant que nous accepterons de nous laisser offrir ce type de couteaux  par des firmes, même françaises, au seul motif d’accrocher le consommateur.

La réaction et l’avenir

 

Tout le monde en conviendra, l’Aveyronnais n’est pas un perdant ou un passif, bien au contraire c’est un travailleur, un pragmatique assorti d’une fine  intelligence. Ce qui a permis à nos couteliers  de baisser leur garde et de communiquer. De par leur union et d’une entente interprofessionnelle devrait naître d’ici fin 2006 une Association de défense du nom de « Laguiole », ce qui leur permettra de se donner les moyens de lutter contre l’utilisation abusive et parasitaire de ce nom.
L’AOC fromage de laguiole sera , peut-être et souhaitons le, le ciment fédérateur de cette offensive.
Valérie Astic, à travers de nombreux exemples, a montré que rien n’est impossible mais que le chemin sera rude et le combat difficile et délicat.

La volonté et la solidarité sont là.

A nous tous, fervents défenseurs de notre terroir,  d’aider , de faire respecter nos couteliers pour gagner ce challenge de la protection de notre couteau.
L’Académie du Couteau de Laguiole, quant à elle, continuera sa mission faire connaître et apprécier le « Laguiole » au plus grand nombre : amateurs ou collectionneurs.
Soyons optimistes sans être naïfs, car il y va de notre culture, de notre identité, de nos traditions mais aussi et surtout de notre avenir .

 

Dr.B.Solinhac Président du de l’Académie du Couteau de Laguiole