Midi-Libre , Edition du 21 Mars 2007

Les Forges de Laguiole en position délicate
La raison sociale, à elle seule, est emblématique. Les Forges de Laguiole, en effet, ont longtemps étalé leur puissance tutélaire sur la fabrication des couteaux. Cent-vingt salariés, environ, au temps de la plénitude de l'entreprise, c'est-à-dire depuis sa création, par Gérard Boissins il y a une bonne vingtaine d'années, jusqu'à sa vente il y a un peu plus de trois ans.
Mais depuis, justement, les choses vont de mal en pis.

Rachetées par Bernard Divisia en 1994, Les Forges, en effet, n'ont, depuis, cessé de s'enfoncer dans la crise. A tel point que la chose était devenue un secret de Polichinelle, au moins sur le plateau de l'Aubrac.

Les difficultés financières se succédant, l'entreprise avait déjà été convoquée à deux reprises devant le tribunal de commerce. Lors de l'audience du 6 janvier, un juge rapporteur, Claude Guirande, avait été commis afin de faire un point sur la situation.

Et hier, le tribunal, par la voix de son président, Manuel Cantos, a étendu la mission du juge rapporteur, afin qu'il récolte encore quelques éléments complémentaires. Ces éléments devront être communiqués au tribunal le 6 avril au soir. Et Les Forges de Laguiole seront à nouveau appelées en chambre de conseil du tribunal de commerce le 17 avril à 14 heures.

L'entreprise semble vraiment traverser une très mauvaise passe, et les quelques jours accordés hier ressemblent fort à un sursis. De nombreux moratoires ont déjà été accordés, et des observateurs attentifs commencent à se demander si, le mois prochain, on n'ira pas vers une cessation de paiement. Ce qui induirait forcément la mise en place d'une procédure de redressement judiciaire.

Comment en est-on arrivé là ? Il y a peut-être une affaire de conjoncture, avec l'envol du prix des matières premières. Et puis il y a aussi le fait que le nouveau directeur, venant de chez LVMH, où il travaillait dans le marketing, n'a peut-être pas pris toute la mesure des contraintes qu'implique la gestion d'une PME.

Les entrepreneurs concernés ne disent-ils pas qu'il faut, en permanence, être au four et au moulin. Et toucher à tous les domaines de l'entreprise.

Toujours est-il que l'entreprise, aujourd'hui, ne compte plus que 90 salariés, environ, des départs ayant déjà été enregistrés. Et son chiffre d'affaires est d'environ six millions d'euros.

Sur le plateau d'Aubrac, en tout cas, personne ne se réjouit de cette situation.

H.M.

Article paru le 21/03/2007 sur Midi-Libre

 

LA DEPEche du Midi

RODEZ (12) - LE DOSSIER RAPPELÉ UNE QUATRIÈME FOIS DEVANT LE TRIBUNAL DE COMMERCE.
Forge de Laguiole : des soucis financiers

Appelé une première fois en novembre 2006 devant le tribunal de commerce puis le 16 janvier dernier, le dossier de la manufacture de couteaux «La Forge de Laguiole» était à nouveau à l'ordre du jour de l'audience du tribunal de commerce, hier.

La coutellerie du nord Aveyron connaît des difficultés financières et la juridiction s'est donc penchée, dans un premier temps, sur sa situation actuelle, étudiant attentivement le rapport du commissaire C. Guirande.

Le tribunal a tranché et demandé un complément de rapport pour le 6 avril. L'affaire sera donc rappelée une quatrième fois à l'audience, le 17 avril prochain.

C'est la procédure normale qui s'applique, le chef d'entreprise n'ayant pas demandé que lui soit appliquée la nouvelle loi pour la sauvegarde des entreprises en difficulté, ainsi que le confirme le président de la juridiction consulaire Manuel Cantos. « Il aurait pu être accompagné. Il n'y a pas qu'Eurotunnel et Libération qui y sont éligibles. Les petites et moyennes entreprises aussi à condition qu'elles ne soient pas en état de cessation de paiement », souligne M. Cantos en déplorant un manque d'informations sur le sujet. Il poursuit : « S'il en avait pris l'initiative, il pouvait bénéficier d'une protection juridique, garder la main sur son entreprise, avoir du temps pour régler ses problèmes en toute sérénité puisque les poursuites sont bloquées », souligne le président Cantos qui précise que la procédure de six mois peut être reconduite pour six mois de plus et même huit mois supplémentaires sur requête du procureur de la République.

Gladys Kichkoff de la Dépèche du Midi